Que reste t-il des Jeux olympiques de 1992 ? Des images d’archives, quelques souvenirs, des médailles aussi… Pour la ville hôte, les traces sont toutefois plus concrètes. Les Jeux ont laissé derrière eux des équipements sportifs bien sûr, mais aussi des routes, des logements, des commerces, construits ou rénovés pour l’occasion. Comment un évènement aussi bref va t-il jusqu’à modifier en profondeur la physionomie d’une ville et la vie de toute une population ? La ville qui se présente devant des millions de téléspectateurs à l’été 92 est une ville totalement transformée, métamorphosée. Vingt-cinq ans plus tard, le souvenir des Jeux est toujours aussi vif, aussi bien dans le paysage que dans les mémoires. Alors que l’héritage des Jeux de Paris 2024 pose d’ores et déjà question, retour à Barcelone, le théâtre des Jeux olympiques de 1992.
En 1975, l’Espagne tourne la page de trente-six années de franquisme et renoue peu à peu avec la démocratie. Isolé, le pays ne ménage pas ses efforts pour redorer son image à l’international. Barcelone est en pleine renaissance, elle aussi. La ville entreprend un vaste programme de reconversion mais elle est encore loin d’être cette cité ouverte sur le monde que l’on connaît aujourd’hui. Un évènement va s’avérer décisif dans ce tournant et il tient en deux lettres : J.O.
Au début des années 80, l’idée d’organiser les Jeux olympiques à Barcelone fait son chemin. L’élection de Juan Antonio Samaranch à la tête du CIO en 1980 est une aubaine puisque Samaranch est lui-même originaire de Barcelone. Quelques mois plus tard, le maire de la ville, Narcís Serra, annonce vouloir faire de la capitale catalane la ville hôte des Jeux olympiques de 1992. En 1986, le dossier de candidature est à peine bouclé qu’on lance déjà les travaux.
Dès le départ, les organisateurs ont une idée très claire du projet olympique. On voit les choses à long terme : un plan pour les dix années à venir est mis en place. En outre, c’est toute la ville qui doit bénéficier des avantages procurés par les Jeux. L’idée de construire un complexe qui réunirait tous les sites olympiques en un seul lieu est écartée : quatre zones olympiques, réparties de manière stratégique sur tout le territoire de Barcelone, sont définies.
Le cœur des Jeux se trouve sur la colline boisée de Montjuïc. On y a construit l’Anneau olympique, sorte de complexe aux faux airs d’Olympie. L’ensemble s’organise autour d’une esplanade monumentale, ponctuée de larges terrasses, d’escaliers, de cascades et de colonnes. Une architecture puissante toute à la gloire des Jeux, moins pratique que démonstrative, comme pour perpétuer la tradition olympique et maintenir éternellement vif le souvenir de 1992.
Au fond de l’esplanade, un bâtiment aux allures de temple grec émerge. Difficile de ne pas penser au berceau des Jeux olympiques… L’INEFC a été dessiné par un enfant du pays, l’architecte Ricardo Bofill, passé maître dans les pastiches antiques. Le site, qui accueillait les épreuves de lutte, a été reconverti en pôle sportif et universitaire : celui-ci voit passer chaque année plus de mille étudiants.
De l’antique au futuriste, il n’y a qu’un pas. L’iconique tour de télécommunication s’élève, gracile, au centre de l’esplanade : elle incarne la politique de modernisation des réseaux menée par la ville à la veille des Jeux. Conçu par l’architecte japonais Arata Isozaki, le Palau Sant Jordi est une enceinte ultramoderne, considérée à son ouverture comme un véritable bijou de technologie. Elle encore utilisée aujourd’hui pour de grands concerts et des compétitions sportives majeures, telles que les championnats du monde de natation en 2003 et en 2013.
Le stade olympique est un héritage de l’Exposition universelle de 1929. Profondément rénové pour les Jeux olympiques, il a servi d’écrin aux cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux ainsi qu’aux épreuves d’athlétisme. Mais après avoir accueilli le club de football de l’Espanyol de Barcelone pendant une quinzaine d’année, le stade peine aujourd’hui à trouver un second souffle et ne s’anime qu’à la faveur de rares manifestations sportives.
Sans être laissé à l’abandon, le site baigne aujourd’hui dans une douce nostalgie. Quelques visiteurs curieux déambulent au milieu des tribunes, viennent faire une halte au café olympique. Des panneaux rappellent ici et là ce que furent les Jeux, à grand renfort de photos d’archives. La torche olympique se dresse encore crânement vers le ciel, adossée à une enceinte bien silencieuse aujourd’hui.
À deux pas de là, le musée de l'Olympisme et du Sport joue lui aussi son rôle de mémorial de l’Olympiade de 1992. Il réunit une vaste collection de souvenirs, du dossier de candidature aux costumes de la cérémonie d’ouverture, en passant par les produits dérivés. Le musée ne manque pas non plus de rendre un hommage appuyé à Juan Antonio Samaranch.
Autrefois un peu isolée, la colline de Montjuïc a retrouvé sa place dans la ville après les Jeux. La rénovation des routes et du funiculaire ainsi que l’installation d’escalators l’ont rendue plus accessible. Les Barcelonais ont alors pu redécouvrir son vaste parc, ses musées, son patrimoine.
À quelques kilomètres de là, on efface tout et on recommence. Difficile de croire qu’à la fin des années 80, le front de mer de Barcelone était une zone industrielle sur le déclin. Les Jeux ouvrent la voie à une vaste opération de réhabilitation : on supprime les nombreuses usines et on entame un programme de dépollution des plages. Le réseau ferré et routier, qui barraient l’accès à la côte, sont profondément restructurés pour ouvrir le quartier sur la mer.
Sur cette immense page blanche, c’est un nouveau quartier qui est sorti de terre. On y a construit un vaste ensemble de petits immeubles entourés d’un parc. Aujourd’hui, ce sont des logements et des commerces ; en 1992, ces bâtiments étaient occupés par les athlètes des Jeux. Le village olympique, parfaitement intégré à la ville, fut dès le départ pensé pour être rendu aux Barcelonais après les Jeux olympiques.
Reste à faire de ce quartier moribond de Barcelone une zone attractive, désirée de ses habitants comme de ses futurs touristes. Les autorités développent une offre de loisirs jusqu’alors inexistante. Construit pour accueillir les épreuves de voile, le port olympique va jouer un rôle clé dans cette transformation : après les Jeux, il s’ouvre aux bateaux de plaisance et accueille un club municipal de voile. Très vite, le port s’enrichit de commerces, de restaurants, de boîtes de nuit ainsi que d’un casino.
Le vaste programme de rénovation s’est étendu sur toute la côte. Barcelone a redécouvert ses plages, sa côte. Et si les Jeux ne sont plus, le sport, lui, demeure : les joggeurs et les cyclistes se sont emparés du front de mer ; les touristes, eux, profitent des terrains de beach volley mis à leur disposition. À deux pas de la plage s’élève un autre vestige de 1992 : le Pavelló de la Mar Bella, dédié aux épreuves olympiques de badminton, s’est mué en enceinte polyvalente pour de nombreux sportifs amateurs.
Le passé n’a pas pour autant été complètement effacé. Un peu en retrait du quartier, l’ancienne gare ferroviaire du Nord a bénéficié d’une reconversion inattendue : ouverte au XIXè siècle, elle a été réaménagée en 1992 pour accueillir les épreuves de tennis de table. Sa grande halle abrite aujourd’hui un centre sportif municipal.
Restait à montrer que Barcelone avait tourné une page. Marquer le paysage de signes qui montraient que Barcelone avait changé pour les Jeux et que les Jeux avaient changé Barcelone. C’est tout le rôle de la tour Mapfre et de l’Hotel Arts, construits en 1992. Deux gratte-ciel hauts de 150 mètres, faits de verre et de métal et qui dessinent une entrée monumentale vers le port olympique. Deux gratte-ciel pour incarner le renouveau d’une puissance économique en devenir.
Il y a le béton, et puis il y a l’art. Des statues particulièrement symboliques investissent subitement l’espace public. Certaines célèbrent un Barcelone projeté dans la modernité mais qui n’oublie pas pour autant son héritage : c’est le cas de Peix, le poisson doré de Frank Gehry, ou du Visage de Barcelone de Roy Lichtenstein. Quant au David et Goliath d’Antoni Llena, célèbre t-il la combativité des athlètes ou le tour de force d’une ville en pleine renaissance ?
Aujourd’hui, il ne reste pas grand chose du passé industriel de ce quartier, si ce n’est peut-être une ancienne cheminée d’usine, épargnée par le programme de rénovation. Le quartier de Parc de Mar apparaît apparaît tout à la fois comme un lieu de vie et une mise en scène, forcément ostentatoire, de la métamorphose de la ville impulsée par les Jeux. Le souvenir d’une Olympiade, gravée jusque dans le béton et le métal.
Certains quartiers, en périphérie de Barcelone, auraient pu être les oubliés de ces grands travaux. Il n’en a rien été. Aménagé sur des collines au nord de la ville, le quartier de la Vall d’Hebron était une zone relativement en marge du reste de la ville. Des sites olympiques, tels que le complexe de tennis, le Pavelló de la Vall d’Hebron ou l’inattendu Velòdrom, sont toujours en activité aujourd’hui, utilisés par des clubs locaux. Tout autour, ce sont des logements, des équipements de santé, d’éducation et de loisirs qui ont été construits, revitalisant tout un quartier.
Mais les autorités voient encore plus grand en étendant ce programme de reconversion à la métropole barcelonaise. L’objectif est double : inviter d’autres villes de la région à participer à la grande « fête olympique » et leur faire profiter des avantages procurés par l’organisation des Jeux. Il ne s’agit plus guère de quelques équipements sportifs à rénover ou à construire : ce sont des quartiers, des villes que l’on veut revitaliser.
L’attribution des disciplines olympiques se fait en fonction de l’implication des villes dans les sports concernés, une garantie pour la pérennité des sites. À Badalona par exemple, on perpétue depuis des années la tradition du basket-ball avec le club local, le Joventut Badalona. On y construit donc un imposant Palais des Sports pour les épreuves olympiques de basket-ball en 1992 ; vingt-cinq ans plus tard, le site accueille toujours le Joventut. On retrouve des cas de figure similaires à Granollers avec le handball ou à Viladecans avec le base-ball.
Mais d’autres sites olympiques ont dû passer par la case reconversion, de manière plus ou moins heureuse… À Mollet del Vallès, c’est l’Institut de sécurité publique de Catalogne qui a en partie hérité du stand de tir olympique pour former ses apprentis policiers. Enfin, à l’Hospitalet, la pratique du base-ball ne se développant pas, le stade construit sur mesure pour les Jeux devient obsolète. Reconverti une première fois en stade de football, il devrait évoluer en complexe multisport.
Il reste les sites olympiques, les aménagements urbains, immobiliers… Et puis il y a les souvenirs. Les Jeux de 1992 n’ont pas seulement laissé leur empreinte dans le paysage, ils ont aussi marqué les mémoires. Cette année, Barcelone fête le vingt-cinquième anniversaire des Jeux. L’occasion de raviver la flamme, symboliquement : la presse locale se souvient, les anciens volontaires se retrouvent pour quelques festivités et les passants s’arrêtent devant les photos d’époque, exposées pour l’occasion dans le métro barcelonais.
Il y a aussi tout un héritage qui ne dit pas son nom. Ces hôtels que l’on a construit, ces monuments qui se sont refaits une beauté… Autant de traces indirectes et discrètes qui témoignent pourtant du renouveau de toute une ville. Les Jeux ont offert une vitrine sans pareil à Barcelone, qui a vu sa fréquentation touristique bondir après 1992 : elle est devenue un centre incontournable, réputée pour ses plages, ses lieux de divertissement, son patrimoine.
Les Barcelonais, eux aussi, se souviennent. Parlez des Jeux à un habitant de Barcelone en âge de les avoir connu. Il ne vous racontera pas la grandiose cérémonie d’ouverture, les performances des athlètes olympiques, les semaines de fête dans la capitale catalane. Non, rien de tout ça. Très spontanément, il vous dira que cette ville a changé.
Escalator
Station de métro
Station de funiculaire
Voie ferrée
Terrain de beach volley
Équipement sportif
Piste cyclable
Piste piétonne
Bar / restaurant
Casino
Que reste t-il des Jeux olympiques de 1992 ? Des images d’archives, quelques souvenirs, des médailles aussi… Pour la ville hôte, les traces sont toutefois plus concrètes. Les Jeux ont laissé derrière eux des équipements sportifs bien sûr, mais aussi des routes, des logements, des commerces, construits ou rénovés pour l’occasion. Comment un évènement aussi bref va t-il jusqu’à modifier en profondeur la physionomie d’une ville et la vie de toute une population ? La ville qui se présente devant des millions de téléspectateurs à l’été 92 est une ville totalement transformée, métamorphosée. Vingt-cinq ans plus tard, le souvenir des Jeux est toujours aussi vif, aussi bien dans le paysage que dans les mémoires. Alors que l’héritage des Jeux de Paris 2024 pose d’ores et déjà question, retour à Barcelone, le théâtre des Jeux olympiques de 1992.
En 1975, l’Espagne tourne la page de trente-six années de franquisme et renoue peu à peu avec la démocratie. Isolé, le pays ne ménage pas ses efforts pour redorer son image à l’international. Barcelone est en pleine renaissance, elle aussi. La ville entreprend un vaste programme de reconversion mais elle est encore loin d’être cette cité ouverte sur le monde que l’on connaît aujourd’hui. Un évènement va s’avérer décisif dans ce tournant et il tient en deux lettres : J.O.
Au début des années 80, l’idée d’organiser les Jeux olympiques à Barcelone fait son chemin. L’élection de Juan Antonio Samaranch à la tête du CIO en 1980 est une aubaine puisque Samaranch est lui-même originaire de Barcelone. Quelques mois plus tard, le maire de la ville, Narcís Serra, annonce vouloir faire de la capitale catalane la ville hôte des Jeux olympiques de 1992. En 1986, le dossier de candidature est à peine bouclé qu’on lance déjà les travaux.
Dès le départ, les organisateurs ont une idée très claire du projet olympique. On voit les choses à long terme : un plan pour les dix années à venir est mis en place. En outre, c’est toute la ville qui doit bénéficier des avantages procurés par les Jeux. L’idée de construire un complexe qui réunirait tous les sites olympiques en un seul lieu est écartée : quatre zones olympiques, réparties de manière stratégique sur tout le territoire de Barcelone, sont définies.
Le cœur des Jeux se trouve sur la colline boisée de Montjuïc. On y a construit l’Anneau olympique, sorte de complexe aux faux airs d’Olympie. L’ensemble s’organise autour d’une esplanade monumentale, ponctuée de larges terrasses, d’escaliers, de cascades et de colonnes. Une architecture puissante toute à la gloire des Jeux, moins pratique que démonstrative, comme pour perpétuer la tradition olympique et maintenir éternellement vif le souvenir de 1992.
Au fond de l’esplanade, un bâtiment aux allures de temple grec émerge. Difficile de ne pas penser au berceau des Jeux olympiques… L’INEFC a été dessiné par un enfant du pays, l’architecte Ricardo Bofill, passé maître dans les pastiches antiques. Le site, qui accueillait les épreuves de lutte, a été reconverti en pôle sportif et universitaire : celui-ci voit passer chaque année plus de mille étudiants.
De l’antique au futuriste, il n’y a qu’un pas. L’iconique tour de télécommunication s’élève, gracile, au centre de l’esplanade : elle incarne la politique de modernisation des réseaux menée par la ville à la veille des Jeux. Conçu par l’architecte japonais Arata Isozaki, le Palau Sant Jordi est une enceinte ultramoderne, considérée à son ouverture comme un véritable bijou de technologie. Elle encore utilisée aujourd’hui pour de grands concerts et des compétitions sportives majeures, telles que les championnats du monde de natation en 2003 et en 2013.
Le stade olympique est un héritage de l’Exposition universelle de 1929. Profondément rénové pour les Jeux olympiques, il a servi d’écrin aux cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux ainsi qu’aux épreuves d’athlétisme. Mais après avoir accueilli le club de football de l’Espanyol de Barcelone pendant une quinzaine d’année, le stade peine aujourd’hui à trouver un second souffle et ne s’anime qu’à la faveur de rares manifestations sportives.
Sans être laissé à l’abandon, le site baigne aujourd’hui dans une douce nostalgie. Quelques visiteurs curieux déambulent au milieu des tribunes, viennent faire une halte au café olympique. Des panneaux rappellent ici et là ce que furent les Jeux, à grand renfort de photos d’archives. La torche olympique se dresse encore crânement vers le ciel, adossée à une enceinte bien silencieuse aujourd’hui.
À deux pas de là, le musée de l'Olympisme et du Sport joue lui aussi son rôle de mémorial de l’Olympiade de 1992. Il réunit une vaste collection de souvenirs, du dossier de candidature aux costumes de la cérémonie d’ouverture, en passant par les produits dérivés. Le musée ne manque pas non plus de rendre un hommage appuyé à Juan Antonio Samaranch.
Autrefois un peu isolée, la colline de Montjuïc a retrouvé sa place dans la ville après les Jeux. La rénovation des routes et du funiculaire ainsi que l’installation d’escalators l’ont rendue plus accessible. Les Barcelonais ont alors pu redécouvrir son vaste parc, ses musées, son patrimoine.
À quelques kilomètres de là, on efface tout et on recommence. Difficile de croire qu’à la fin des années 80, le front de mer de Barcelone était une zone industrielle sur le déclin. Les Jeux ouvrent la voie à une vaste opération de réhabilitation : on supprime les nombreuses usines et on entame un programme de dépollution des plages. Le réseau ferré et routier, qui barraient l’accès à la côte, sont profondément restructurés pour ouvrir le quartier sur la mer.
Sur cette immense page blanche, c’est un nouveau quartier qui est sorti de terre. On y a construit un vaste ensemble de petits immeubles entourés d’un parc. Aujourd’hui, ce sont des logements et des commerces ; en 1992, ces bâtiments étaient occupés par les athlètes des Jeux. Le village olympique, parfaitement intégré à la ville, fut dès le départ pensé pour être rendu aux Barcelonais après les Jeux olympiques.
Reste à faire de ce quartier moribond de Barcelone une zone attractive, désirée de ses habitants comme de ses futurs touristes. Les autorités développent une offre de loisirs jusqu’alors inexistante. Construit pour accueillir les épreuves de voile, le port olympique va jouer un rôle clé dans cette transformation : après les Jeux, il s’ouvre aux bateaux de plaisance et accueille un club municipal de voile. Très vite, le port s’enrichit de commerces, de restaurants, de boîtes de nuit ainsi que d’un casino.
Le vaste programme de rénovation s’est étendu sur toute la côte. Barcelone a redécouvert ses plages, sa côte. Et si les Jeux ne sont plus, le sport, lui, demeure : les joggeurs et les cyclistes se sont emparés du front de mer ; les touristes, eux, profitent des terrains de beach volley mis à leur disposition. À deux pas de la plage s’élève un autre vestige de 1992 : le Pavelló de la Mar Bella, dédié aux épreuves olympiques de badminton, s’est mué en enceinte polyvalente pour de nombreux sportifs amateurs.
Le passé n’a pas pour autant été complètement effacé. Un peu en retrait du quartier, l’ancienne gare ferroviaire du Nord a bénéficié d’une reconversion inattendue : ouverte au XIXè siècle, elle a été réaménagée en 1992 pour accueillir les épreuves de tennis de table. Sa grande halle abrite aujourd’hui un centre sportif municipal.
Restait à montrer que Barcelone avait tourné une page. Marquer le paysage de signes qui montraient que Barcelone avait changé pour les Jeux et que les Jeux avaient changé Barcelone. C’est tout le rôle de la tour Mapfre et de l’Hotel Arts, construits en 1992. Deux gratte-ciel hauts de 150 mètres, faits de verre et de métal et qui dessinent une entrée monumentale vers le port olympique. Deux gratte-ciel pour incarner le renouveau d’une puissance économique en devenir.
Il y a le béton, et puis il y a l’art. Des statues particulièrement symboliques investissent subitement l’espace public. Certaines célèbrent un Barcelone projeté dans la modernité mais qui n’oublie pas pour autant son héritage : c’est le cas de Peix, le poisson doré de Frank Gehry, ou du Visage de Barcelone de Roy Lichtenstein. Quant au David et Goliath d’Antoni Llena, célèbre t-il la combativité des athlètes ou le tour de force d’une ville en pleine renaissance ?
Aujourd’hui, il ne reste pas grand chose du passé industriel de ce quartier, si ce n’est peut-être une ancienne cheminée d’usine, épargnée par le programme de rénovation. Le quartier de Parc de Mar apparaît apparaît tout à la fois comme un lieu de vie et une mise en scène, forcément ostentatoire, de la métamorphose de la ville impulsée par les Jeux. Le souvenir d’une Olympiade, gravée jusque dans le béton et le métal.
Certains quartiers, en périphérie de Barcelone, auraient pu être les oubliés de ces grands travaux. Il n’en a rien été. Aménagé sur des collines au nord de la ville, le quartier de la Vall d’Hebron était une zone relativement en marge du reste de la ville. Des sites olympiques, tels que le complexe de tennis, le Pavelló de la Vall d’Hebron ou l’inattendu Velòdrom, sont toujours en activité aujourd’hui, utilisés par des clubs locaux. Tout autour, ce sont des logements, des équipements de santé, d’éducation et de loisirs qui ont été construits, revitalisant tout un quartier.
Mais les autorités voient encore plus grand en étendant ce programme de reconversion à la métropole barcelonaise. L’objectif est double : inviter d’autres villes de la région à participer à la grande « fête olympique » et leur faire profiter des avantages procurés par l’organisation des Jeux. Il ne s’agit plus guère de quelques équipements sportifs à rénover ou à construire : ce sont des quartiers, des villes que l’on veut revitaliser.
L’attribution des disciplines olympiques se fait en fonction de l’implication des villes dans les sports concernés, une garantie pour la pérennité des sites. À Badalona par exemple, on perpétue depuis des années la tradition du basket-ball avec le club local, le Joventut Badalona. On y construit donc un imposant Palais des Sports pour les épreuves olympiques de basket-ball en 1992 ; vingt-cinq ans plus tard, le site accueille toujours le Joventut. On retrouve des cas de figure similaires à Granollers avec le handball ou à Viladecans avec le base-ball.
Mais d’autres sites olympiques ont dû passer par la case reconversion, de manière plus ou moins heureuse… À Mollet del Vallès, c’est l’Institut de sécurité publique de Catalogne qui a en partie hérité du stand de tir olympique pour former ses apprentis policiers. Enfin, à l’Hospitalet, la pratique du base-ball ne se développant pas, le stade construit sur mesure pour les Jeux devient obsolète. Reconverti une première fois en stade de football, il devrait évoluer en complexe multisport.
Il reste les sites olympiques, les aménagements urbains, immobiliers… Et puis il y a les souvenirs. Les Jeux de 1992 n’ont pas seulement laissé leur empreinte dans le paysage, ils ont aussi marqué les mémoires. Cette année, Barcelone fête le vingt-cinquième anniversaire des Jeux. L’occasion de raviver la flamme, symboliquement : la presse locale se souvient, les anciens volontaires se retrouvent pour quelques festivités et les passants s’arrêtent devant les photos d’époque, exposées pour l’occasion dans le métro barcelonais.
Il y a aussi tout un héritage qui ne dit pas son nom. Ces hôtels que l’on a construit, ces monuments qui se sont refaits une beauté… Autant de traces indirectes et discrètes qui témoignent pourtant du renouveau de toute une ville. Les Jeux ont offert une vitrine sans pareil à Barcelone, qui a vu sa fréquentation touristique bondir après 1992 : elle est devenue un centre incontournable, réputée pour ses plages, ses lieux de divertissement, son patrimoine.
Les Barcelonais, eux aussi, se souviennent. Parlez des Jeux à un habitant de Barcelone en âge de les avoir connu. Il ne vous racontera pas la grandiose cérémonie d’ouverture, les performances des athlètes olympiques, les semaines de fête dans la capitale catalane. Non, rien de tout ça. Très spontanément, il vous dira que cette ville a changé.